L’Irlande Georgienne

A Dublin, sous le règne de George I er (1714-1727), les arts, les lettres et les sciences connaissent un essor particulier avec de nombreux talents comme celui du polémiste Jonathan Swift, doyen de la cathédrale Saint-Patrick. La capitale irlandaise cherche son inspiration artistique et intellectuelle à Londres, mais elle recèle néanmoins une vitalité et un esprit qui lui sont propres.

Les aristocrates se font construire de somptueuses demeures de campagne dans un style palladien. Le plus bel exemple est Castletown House, dans le comté de Kildare, qui a la forme d’un Palais romain, avec une colonnade à chapiteaux Ioniques, et un intérieur d’inspiration rococo. L’architecture urbaine  se cqaractérise à la fin du XVIIIème siècle par un style néoclassique, notamment pour les momnuments publics comme Custom House ou Four House à Dublin.

Les régions de l’est et les littoraux sont étroitement liés aux secteurs commercial et industriel de l’économie britannique, alors en plein essor en cette époque de révolution industrielle. Le manque de capitaux et l’absence de ressources nécéssaires à l’industrie lourde retardent la  croissance économique du pays, notamment en raison, des restrictions imposées aux manufactures irlandaises par le Parlement de Westminster.

Néanmoins, l’industrie textile est florissante en Ulster, grâce à l’arrivée des tisserands huguenots français, dotés d’un grand savoir-faire, ce qui va fonder la renommée de la région, pour les étoffes de lin notamment.
Le pays est marqué au XVIIIème siècle par une forte croissance démographique.

Malgré ses conditions de vie précaire la population irlandaise s’accroit rapidement entre 1760 et 1840, en raison du déclin de la mortalité, des mariages précoces, du coût très bas de la nourriture, et de la disponibilité de petits lopins de terre.  En passant de près de 4 millions en 1780 à un peu plus de 8 millions en 1841, cette surpopulation irlandaise crée des problèmes insolubles. Pour sa subsistance, la population rurale dépend presque entièrement de la culture toujours périlleuse de la pomme de terre.
Pendant la seconde moitié du XVIII e  siècle, les classes possédantes et marchandes, de plus en plus prospères, prennent des habitudes de plus en plus dépensières, tandis que la majorité catholique devient de plus en plus pauvre .

Les Irlandais urbains sont destinés à servir dans la domesticité de l’Ascendency, l’aristocratie anglo-irlandaise, dont les membres prétendent être les seuls représentants de la « nation protestante ». Ils obtiennent en 1783 grâce à l’action d’Henry Grattan l’autonomie legislative du Parlement de Dublin.

Suite à la guerre d’indépendance américaine et à la Révolution française, l’organisation des « United Irishmen » est crée à Belfast en 1791, avec comme chef de file, un jeune protestant républicain, Theobald Wolfe Tone. Cette société a pour objectif d’unir les Irlandais de toutes confessions et de réduire le pouvoir de l’Angleterre sur l’île, mais leurs tentatives de réformes par la voie parlementaire restent vaines.

En 1793, le ministère Pitt parvient à faire voter une importante loi favorable aux catholiques, qui leur octroie le droit de vote sur les mêmes bases que les protestants et les rend éligibles pour toutes les fonctions autres que les fonctions suprêmes du pays. Cette concession du gouvernement britannique   encourage Wolfe Tone à réclamer des réformes encore plus poussées et son mouvement devient de plus en plus révolutionnaire à mesure que les catholiques, désespérant de voir s’imposer des réformes constitutionnelles, rejoignent ses rangs.

L’organisation devient clandestine à partir de la guerre entre l’Angleterre et la France, quand, menacée par le pouvoir britannique, elle tente de s’assurer le soutien des français. En 1795, des affrontements entre des bandes armées de catholiques et des fermiers protestants, dans le sud de l’Ulster, menacent les projets d’union de Wolfe Tone. C’est dans ce contexte que naît la Société des Orangistes, « Protestant Orange Society », une organisation paramilitaire loyaliste résolue à préserver la suprématie protestante, connue plus tard sous le nom d’Orange Order.

En 1796, une flotte française menée par le général Hoche, transportant seize mille soldats et Wolfe Tone, tente de débarquer mais échoue à Bantry dans le comté de Cork, en raison d’une tempête. Le gouvernement irlandais entame alors une vague de répression visant à débusquer les membres de l’organisation de Wolfe Tone, par l’usage de la torture. Cette politique culmine avec l’arrestation de membres éminents des Irlandais Unis à Dublin, au moment même où l’organisation reçoit des promesses d’aide militaire de la part de la France.

Cela incite Wolfe Tone et ses partisans à déclencher une rébellion en 1798, qui trouve un profond soutien dans une population paniquée par ces temps de terreur, notamment dans le comté de Wexford. Les rebelles ne se battent pas par animosité religieuse, mais pour instaurer un nouvel ordre social et politique. Les forces gouvernementales, secondées par les Orangistes, les écrasent à Vinegar Hill, près d’Enniscorthy. Persévérant, Wolfe Tone revient avec une flotte française commandée par le Général Humbert, elle parvient à prendre Castlebar, mais elle est ensuite repoussée. Capturé, Wolfe Tone se suicide en prison à Dublin, c’est la fin de la Société des Irlandais unis.

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