Parnell et la Ligue Agraire

Dans les années 1850, tandis que quelques parlementaires irlandais tentent de garder leur indépendance vis-à-vis des partis politiques britanniques, beaucoup d’Irlandais travaillent à une forme d’indépendance beaucoup plus spectaculaire.

Les «Fenians», membres de la Fraternité Républicaine Irlandaise,  s’organisent de façon clandestine et conspirent pour renverser l’autorité britannique en Irlande par la dynamite et les armes à feu.

Cette société secrète internationale est connue aussi sous le nom de Clanna-Gael, et reçoit des fonds des Irlandais d’Amérique.  Mais dans les années 1866-1868, il leur manque des armes, des hommes et l’assurance du secret. Nombre d’entre eux sont arrêtés et condamnés à de lourdes peines de prison. En raison de leurs actes de violence, leur mouvement s’aliène l’opinion publique tant britannique qu’irlandaise, mais il contribue néanmoins à perpétuer la tradition révolutionnaire républicaine.

Dès son arrivée au pouvoir (1868), le Premier ministre Gladstone entreprend sa «mission pour la pacification de l’Irlande» en faisant voter le démentèlement de l’Eglise d’Irlande anglicane en 1869. L’année suivante, une loi agraire complexe légalise une coutume en vigueur dans la province d’Ulster, qui permet aux tenanciers de recevoir une compensation financière pour toutes les améliorations apportées à la terre, et un dédommagement s’ils se trouvent expulsés sans raison. Cette mesure ne parvient pas à protéger les tenanciers des abus des propriétaires, mais elle permet de montrer que le parti libéral est déterminé à s’en prendre aux droits de ces derniers.

Dans les années 1870, ces questions des droits des tenanciers et de l’Acte d’union transforment la politique irlandaise et les rapports anglo-irlandais. Le réveil du nationalisme irlandais est rendu possible par le fait que l’électorat était désormais plus nombreux et plus politisé. C’est l’avènement d’un parti irlandais à Westminster, avec pour cri de guerre « Home Rule». Il compte désormais de nouveaux dirigeants prêts à continuer la lutte engagée par Wolfe Tone, O’Connell et Davis, et par la grave crise agricole.

« Home Rule », est une expression popularisée par Isaac Butt, un avocat de Dublin élu en 1871 au Parlement britannique. Elle désigne un parlement fédéral et un pouvoir exécutif séparés pour l’Irlande, subordonnés au Parlement de Londres. Butt est un nationaliste modéré et constitutionnel, dont le parti remporta plus de cinquante sièges à Westminster en 1874.


L’homme qui transforme le parti pondéré de Butt en mouvement est Charles Stewart Parnell un propriétaire protestant, qui hait l’Union entre l’Angleterre et l’Irlande . Elu en 1875 au Parlement de Londres, il adopte une tactique d’opposition systématique. Ambitieux et charismatique, il fait rapidement de nombreux adeptes parmis les rangs des députés irlandais et devient le chef reconnu du parti parlementaire irlandais qui remporte de nombreux sièges aux élections de 1880.

Parnell insuffle à la vie politique irlandaise et britannique une vitalité nouvelle. Malgré l’extrémisme de ses propos, il prend conscience qu’il ne pourra obtenir le Home Rule qu’avec le consentement du Parlement britannique. En 1878-1879, il prend part à des négociations avec les autres partis autonomistes comme le mouvement agraire et de l’IRB qui lui assurent son soutien dans sa quête du Home Rule.

Un homme ne doit pas être oublié dans la lutte contre les abus des propriétaires : Michael Davitt lance en 1879 la Ligue agraire, qui va balayer efficacement tout le système foncier mis en place par Cromwell. Cette guerre lancée contre les riches propriétaires terriens prend des formes diverses : boycott, mutilation de bétail, incendies… Il s’agit ainsi de punir ceux qui sont désignés comme les responsables des dizaines de milliers de fermiers expulsés.

L’ORIGINE DU MOT « BOYCOTT »

Parnell dévellope l’idée de la mise en quarantaine sociale, en menant une campagne d’intimidation contre les propriétaires ayant chassé leurs cultivateurs. Elle consiste à ne plus entretenir aucun contact avec ceux qui reprennent le bail des fermiers expulsé. En 1880, c’est le capitaine Charles Cunningham Boycott qui en fait les frais, et laisse ainsi son nom à la postérité…

En faisant de l’obstruction lors des débats parlementaires et en tirant parti de la grande misère qui sévissait en Irlande, Parnell et ses fidèles poussent Gladstone à faire adopter l’importante loi agraire de 1881. Cette mesure permet de faire entrer dans les lois les trois principales exigences des Irlandais - des tenures fixes, des loyers raisonnables et le libre droit de vente des terres. Une telle politique lui vaut des ennemis parmi les classes possédantes, et lorsque il critique cette loi parce qu’il considère qu’elle ne va pas assez loin, les Libéraux le font arrêter, avec ses partisans, pour incitation au désordre.   Parnell est pourtant relâché en avril 1882, et reprend aussitôt son travail d’agitation.

Gladstone comprend que l’unique moyen de régler le problème irlandais est d’accorder à l’Irlande son propre gouvernement autonome, et ce changement de politique fait scandale dans les milieux politiques britanniques. De nombreux Whigs, libéraux et radicaux de premier plan, abandonnent Gladstone pour former un nouveau parti, les Liberal Unionists. Rapidement, le projet de loi sur le Home Rule, qui aurait donné à l’Irlande une autonomie partielle, est repoussé.

A partir de 1886 et pendant six ans, une coalition conservatrice gouverne l’Irlande. Elle tente une conciliation dans l’espoir de détourner les Irlandais de la question du Home Rule, et les oriente vers une amélioration de leurs conditions économiques. Le gouvernement encourage les tenanciers à acheter les terres qu’ils occupaient, à l’aide de prêts garantis. Cette politique interventionniste apaise les ruraux et le taux de criminalité agraire baisse.

De son coté, Parnell qui entretient une liaison avec une femme mariée à un membre de son parti depuis dix ans, voit le scandale revelé en 1890, avec pour conséquence l’éclatement du parti. Destitué, Parnell, autrefois surnommé « le roi d’Irlande sans couronne », est rejeté par les partisans de l’autonomie de l’Irlande, il meurt un an plus tard.

Cette disparition donne un coup de frein au mouvement en faveur du Home Rule. Des querelles opposent les héritiers politiques pour le contrôle du parti. Cette attitude détourne de nombreux Irlandais.

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